L’impératif de résultat sépare des familles et inquiète les populations.

Article Par Babacar Touré, ( Paris),
Paru le Mardi 22 Jan 2008

La politique de l’immigration zéro et des quotas d’expulsion réclamée par Nicolas Sarkozy, est depuis quelques semaines, en train de prendre des ampleurs inquiétantes. L’arrestation et la conduite massive et aveugle de sans-papiers dans des zones d’attente provisoire, (Zapi), sont au centre des débats. L’impératif de chiffres que les politiques réclament à la police est une porte ouverte à toutes les dérives.

Après les arrestations et expulsions des «personnes à problèmes» que les populations ont acceptées, la police française, aveuglée par la pression qu’exercent les politiques sur elle, s’est engagée dans une voie dramatique : chaque jour elle sépare des familles en expulsant qui un père, qui une mère ou un soutien de famille. Cette fois, ce n’est pas simplement la «racaille qui est nettoyée au karcher», mais tous ceux qui n’ont pas de papiers ou commettent l’erreur de sortir de chez eux sans leur document de séjour. Loin de répondre à un impératif sécuritaire, cette nouvelle vague d’expulsions répond à la volonté de satisfaire une promesse électorale que l’ex-ministre de l’Intérieur avait faite aux Français pour accéder à la magistrature suprême : Sarkozy avait promis d’expulser 25.000 personnes chaque année. Ce chiffre n’ayant pas été atteint au cours de la dernière année, Michelle Alliot Marie, le ministre de l’Intérieur, dont les rumeurs en provenance de l’Elysée ont annoncé le limogeage, a tapé sur la table en demandant aux préfets de police de faire des résultats. Cette sortie musclée du ministre coïncide aussi avec l’apparition de sondages d’opinion défavorables au Président. Pour la première fois, sa cote de popularité est en dessous des 50%. Il est dépassé par son Premier ministre François Fillon. Et Sarkozy trop imbu de sa personne ne peut accepter un tel « discrédit ». Pour rappeler qu’il est le Président et que c’est lui qui gouverne et faire oublier ses escapades dont les Français commencent à se lasser, il reprend du poil de la bête avec cette politique de reconduite aux frontières. Le chiffre de 25 000 expulsés devant être atteint depuis le 01 janvier 2008, la police expulse tout le monde. Si certains ont été arrêtés dans la rue, devant la cour de l’école où ils s’étaient rendus pour chercher leur enfant, d’autres l’ont été dans les commissariats lors de démarches administratives. A en croire de nombreux témoignages de parents de personnes retenues, certains ont été convoqués pour régulariser leur situation et c’est dans ces lieux qu’ils ont été piégés et conduits dans un centre. Au lieu des quelques heures nécessaires pour procéder à des réglages administratifs, les personnes interpellées peuvent maintenant être gardées jusqu’à 18 mois dans des centres de rétention comme celui du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), près de l’aéroport de Roissy. C’est dans ce centre que, parti chercher un ami, Abou Ndianor, un Sénégalais âgé de 37 ans, professeur de Mathématiques de son état, a été conduit dans un centre depuis le 15 décembre. S’étant fait le porte-parole de ses 120 camarades d’infortune, cet Orléanais a été l’instigateur d’une grève de la faim dans le centre. Depuis cette date, personne n’a pu savoir ce qu’il est advenu de lui : la zone est interdite aux journalistes, nos différentes tentatives d’avoir de ses nouvelles ont été vaines. «Aujourd’hui, selon des témoignages recueillis auprès des associations africaines, il y aurait 200 personnes à Mesnil-Amelot». Pour se soulever contre ces mesures, de nombreuses associations de défense des sans-papiers ont marché avant-hier samedi dans les rues de Paris et marqué leur désaccord avec ces mesures. Ce sont au total 6.000 personnes- selon des membres de l’association, 3.000 selon la police-, qui ont marché de la porte d’Orée, à côté de la cité de l’immigration jusqu’au centre de rétention de Vincennes. Dans ce centre il y aurait plus de deux cents personnes, coupées du reste du monde et subissant chaque jour des traitements ignobles. A en croire M. Dramé Mamadou, membre du collectif du 19e , un Sénégalais du nom de Kane, qui a vécu plus de 8 ans en France, a été, malgré toutes les tentatives de ramener les autorités françaises à la raison, expulsé le jeudi 17 janvier». Mais, tout porte à croire que le gouvernement français n’en a cure. Pour le faire savoir, «le ministre de l’Intérieur a réquisitionné à Roissy 1.600 m2 de locaux appartenant à l’aéroport de Paris pour procéder à une extension de la zone d'attente où sont retenus les étrangers non admis sur le territoire», a dit Patrick Espagnol, le sous-préfet de Roissy.

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