Par la rédaction pour La Voix du Nord, Publié le 06/11/2013 - Mis à jour le 06/11/2013 à 19:38
Par PATRICK SEGHI ET PIB (PHOTOS)
Comme le temps passe vite. Déjà deux naissances et bientôt une troisième à la bourse du travail où 120 Roms ont trouvé refuge, accueillis par les syndicalistes sur le principe de la « fraternité »… Véritable fer de lance de la manifestation annoncée ce jeudi.
Neuf jours, emmitouflé dans une couverture verte et la bouille toute rouge. Alex est le dernier venu d’une communauté dont l’horizon est aussi sombre qu’un mercredi pluvieux. « On vit au jour le jour. Dans une extrême précarité. Nous nous organisons pour les repas, les enfants… Ce soir, ce sera tajine pour 150 personnes. »
« Situation indigne »
Vladimir Nieddu (Sarde et non Roumain pour évacuer la question) fait partie de ces syndicalistes qui ont ouvert les portes de la bourse du travail à ces 120 Roms dont 50 enfants expulsés le 28 octobre dernier du campus de Lille I. Une première dont il se serait passé. « Cette situation est indigne. Nous voulons promouvoir la fraternité entre les peuples, l’égalité des droits et devoirs selon les principes fondamentaux européens… Cette question est ici bafouée chaque jour. » Les yeux cernés par la fatigue, Vladimir prend conscience de l’ampleur du défi et des forces contraires qui peuvent le porter. « Il n’y a pas de point de rupture entre notre action syndicale et notre action humanitaire. Nous accueillons volontairement cette population dans nos locaux. Il n’y aura pas de coup de force. Faire investir une bourse du travail par les forces de l’ordre contre l’avis des syndicats aurait des conséquences inimaginables… »
Bâillement
Un véritable casus belli. Deux lavabos inondés, du linge qui pend, des repas distribués à la chaîne, des matelas qui s’empilent renvoient à un état de siège. « C’est toujours mieux que d’être dehors sous la pluie », glisse une occupante. Revenant sur les dernières propositions de la préfecture, le syndicaliste ébauche un sourire. « Leur rendre gratuitement leurs caravanes ? Ils n’ont pas de terrain où les installer. Les Roms ne sont pas des escargots ! Ce n’est pas sérieux. Ils resteront là, alors autant résoudre le problème rapidement. » Du mouvement, il y en aura, assure Vladimir Nieddu. « Cela bougera dans les prochains jours. Nous envisageons une action régionale et nationale. Plutôt que le préfet nous visons Matignon ou l’Élysée. » Otages d’une situation politique qui les dépasse, instrumentalisés dans le cadre d’une lutte interne au Parti socialiste, pris en tenaille à l’approche d’échéances électorales tendues ? « Sans doute. »
Dans les couloirs, de nombreux enfants, loin du cynisme ambiant, font l’école buissonnière. « Des problèmes administratifs empêchent leur scolarisation. » Ilham, étudiante de Lille III, leur donne « un coup de main ». « Lors des premiers repas, c’était la panique, là les Roms s’impliquent. Leur situation est juste dramatique. Si cela se passait pour n’importe quelle autre population il y aurait un tollé général. ». Alex se fend d’un bâillement.
Lycéens, étudiants, syndicalistes, associatifs, employés de La Redoute… feront entendre leurs voix ce jeudi à partir de 11 h. Départ du cortège de la gare Lille-Flandres. Au menu des revendications : l’expulsion de lycéens sans papiers, la situation des Roms, l’emploi…
La tension monte au sujet des Roms
Créé le 06/11/2013 à 06h46 -- Mis à jour le 06/11/2013 à 10h41
POLITIQUE - Les organisations syndicales manifestent et Martine Aubry hausse le ton...
Ils étaient deux cents à manifester, mardi, à Lille, contre les expulsions et pour soutenir les Roms installés depuis une semaine à la Bourse du Travail de Fives après l'évacuation de leur camp à Villeneuve-d'Ascq. La veille, la présidente de Lille Métropole, Martine Aubry, lors d'un point presse, avait pris part au débat en critiquant vivement l'Etat qui «doit trouver des terrains» et ceux qui «manipulent ces populations» à des fins politiques.
« Repartir dans leur pays »
Elle a aussi évoqué la situation des Roms en des termes plus fermes que d'habitude. «S'ils sont condamnés, ils doivent repartir dans leur pays», a-t-elle glissé. La présidente de Lille Métropole s'appuie sur une directive européenne concernant le droit séjour. Ce dernier peut, en effet, être limité si le comportement de la personne représente «une menace réelle pour un intérêt fondamental de la société». Pour Antoine Berthe, avocat spécialisé dans le droit des étrangers, «toute condamnation ne déclenche pas automatiquement l'interdiction du territoire français, heureusement». «Voilà quatre ans que Martine Aubry change de discours sur les Roms», estime le maire (DVG) de Villeneuve-d'Ascq, Gérard Caudron. Ce dernier regrette toujours le manque de précisions des textes sur «les mesures à prendre en cas de troubles à l'ordre public».
Chez les Verts, Malik Ifri, conseiller à LMCU, chargé des gens du voyage, accepte ce discours mêlant «humanité et fermeté», mais, selon lui, «il faut d'abord être accueillant avant d'être ferme». «Hélas, les personnalités politiques méconnaissent ce qui se passe sur le terrain», dénonce un porte-parole de l'intersyndicale qui organise l'hébergement des Roms à la Bourse du Travail.
Gilles Durand